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La mère, l’enfant, le sommeil et l’allaitement- 2° partie

 

WOMAN’S INSTITUTE OF MONACO

WIM Monaco www.wim.mc

Présidente d’Honneur : Madame Charlotte Casiraghi

La MERE, L’ENFANT, Le SOMMEIL et L’ALLAITEMENT -2° partie

     Céline DALLA ANNA 
Sage femme 
Grasse  

Avril 2016

“Dormir ! Je veux juste dormir !” est une phrase que les jeunes mamans qui allaitent prononcent assez souvent.
La fatigue est l’une des premières causes d’arrêt de l’allaitement maternel.
Des règles de bon sens permettent de bien vivre cette période. 


Lors de la précédente newsletter, nous nous sommes intéressés au lien entre allaitement et sommeil de l’enfant ainsi qu’aux spécificités de celui-ci.

La fatigue, voire l’épuisement maternel est l’une des premières causes d’arrêt de l’allaitement maternel. 
Les mères, souvent influencées par leur entourage, peuvent être amenées à penser que l’allaitement est la cause de cette fatigue.


Dans cette newsletter, nous allons nous intéresser au sommeil de la mère allaitante.


Physiologie de la lactation

Lors de l’allaitement, à chaque tétée, un grand nombre d’hormones sont libérées dans la circulation sanguine maternelle.

Parmi celles-ci, il y a la prolactine, l’ocytocine, les bêta-endorphines, la dopamine …
Ces hormones ont de multiples rôles et, entre autres, elles ont une influence sur le sommeil de la mère.

1- La prolactine, par exemple, accélère le passage en sommeil lent.
Le sommeil lent est le sommeil qui permet le plus, la récupération.
Durant l’allaitement, la mère bénéficie ainsi de 30% de sommeil lent en plus.

2- L’ocytocine permet de favoriser un climat de détente et d’apaisement particulièrement propice au repos et à la somnolence.
Cet état de somnolence lié aux tétées amène souvent à penser que l’allaitement fatigue la mère alors même que, physiologiquement, l’allaitement favorise un repos de meilleure qualité.

3- Les bêta-endorphines et la dopamine sont des hormones associées au sentiment de plaisir.
De plus, la dopamine prépare le réveil.
Autrement dit, durant l’allaitement, les mères ont plus de sommeil profond récupérateur, mais ont également plus de facilité à se réveiller, afin de répondre aux besoins du bébé.

4- D’autre part, durant l’allaitement, le taux de cortisol (hormone du stress) reste plus bas qu’en dehors de l’allaitement, face à des situations de stress similaires.
Plusieurs facteurs liés à l’allaitement diminuent les phénomènes inflammatoires ce qui a pour effet de diminuer le risque de dépression post-natale.

La tendance à l’endormissement des femmes allaitantes n’est pas un signe de fatigue ; c’est un état normal, lié au rythme veille-sommeil inhérent à l’allaitement et favorisant une meilleure récupération.

Le sommeil de la mère allaitante

Les mères qui allaitent ont un nombre d’éveils nocturnes plus important que les mères qui n’allaitent pas (voir précédente newsletter).

Mais, les électro-encéphalogrammes de ces mères montrent que ce sont elles qui ont le plus long temps de sommeil lent profond récupérateur.
Ce résultat confirme que l’allaitement augmente les capacités de récupération des mères.
Encore plus intéressant : les études montrent également que pour les couples parentaux dont les femmes allaitent, les deux parents dorment plus !

• La fatigue maternelle est généralement modérée juste après la naissance, mais elle culmine à 3 semaines et diminue lentement entre 2 et 6 mois.
• Il n’y a pas de différence en terme de fatigue entre les femmes qui allaitent et celles qui donnent le biberon.
• Le fait d’arrêter l’allaitement n’améliore pas l’état de fatigue des mères.

“Mais alors, qu’est-ce qui fait que je suis si fatiguée ?”

Devenir mère est associé à un niveau de fatigue émotionnelle intense.
Le haut niveau de responsabilité, la charge de travail “non équitable” dans le couple, l’absence de reconnaissance et de valorisation de la maternité au niveau social, l’isolement auquel se surajoute l’état inflammatoire lié aux conditions d’accouchement et au stress associé au changement de mode de vie qu’impose l’arrivée d’un bébé, sont autant de facteurs favorisant le surmenage maternel en post-partum.

La banalisation de cette situation, “c’est normal, ça va passer !”, la culpabilité des mères, “si tu faisais ça ou si tu ne faisais pas ça, tu serais moins fatiguée!” (portage, allaitement, partage de la chambre ou du lit…) et le fait de penser que le bébé présente des troubles du sommeil (réveils fréquents) sont autant de facteurs qui augmentent le risque de dépression maternelle dans l’année qui suit la naissance.

Prévention de la dépression et du surmenage

1/ Etre suffisamment informée en prénatal et/ou en post-natal de la réalité de la vie avec un nouveau-né permet une meilleure adéquation entre les attentes maternelles et les besoins de l’enfant :
• Connaître les rythmes physiologiques du nouveau-né et du nourrisson.
• Connaître et reconnaître les besoins de l’enfant allaité(“tétées groupées”, premiers signes d’éveil…)
• Connaître les effets de l’allaitement sur la santé et le sommeil de la mère et de l’enfant.

2/ Savoir déléguer et relativiser
• Les quarante premiers jours de post-partum, prévoir une organisation permettant à la mère de se reposer autant que possible,
• Demander de l’aide pour les tâches ménagères et la gestion des ainés,
• Relativiser l’importance de ces tâches (si l’aspirateur n’est pas passé tous les jours, le bébé ne s’en portera pas plus mal ! Le conjoint non plus…)
• Relativiser également la durée de ce temps de récupération indispensable….SIx semaines dans une vie, ce n’est pas si long ! 
“Passer 9 mois à créer la vie, mérite bien de pouvoir en profiter après” !

3/ Se faire confiance et faire confiance au bébé
Les comportements des nouveau-nés en bonne santé et la réponse spontanée des mères sont dans la grande majorité des cas des comportements innés de “survie de l’espèce” … s’écouter et se faire confiance est donc une des clefs du succès !


Conclusion

L’allaitement maternel est l’un des premiers facteurs de protection durable de la santé de l’enfant.
Le Programme national nutrition-santé (PNNS) recommande un allaitement maternel exclusif pendant six mois révolus (l’allaitement peut être poursuivi ensuite, avec des aliments complémentaires, jusqu’à deux ans voire davantage).
Mais même de plus courte durée, l’allaitement reste toujours recommandé. 
En effet, le lait maternel est un aliment unique, de qualité irremplaçable, et ses caractéristiques ne se retrouvent pas toutes dans les “laits infantiles” du commerce. 
Mais en tout état de cause, la décision d’allaiter appartient uniquement à la mère et …à son conjoint.